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05 février 2016

LE CHÊNE BLANC

Dans la candeur du jour, son feuillage ondulé aux pièces nuancées ressuscitait de son éclipse nocturne. Le silence immense déversait sa mélancolie sur sa sépulture.  

La veille dans un bruit sourd, le Chêne Blanc était venu s’accabler tragiquement sur la terre. Achevé par la persécution du vent et un ciel d’eau s’effondrant furieusement depuis des jours. La terre éventrée soumettait ses racines douloureuses à la nudité.

Ses deux siècles de souvenirs avaient recueilli mille récits, quantité de déclarations et de tragédies. Il chuchotait mes premiers pas, les écorchures de mes genoux. Les rondes et les couronnes de fleurs, mes éclats de rires et mes sanglots.

Dressés sur lui, ses hôtes frêles et aériens clamaient au ciel leurs concertos. Et quand s’annonçaient les jours de chaleur désespérante, son ombre douce nous recouvrait comme une bénédiction.

Entre ses racines renversées sculptant une stèle à sa gloire, se détachaient les feuilles d’automne safranées ondulant sur la rivière enflée. Le Chêne Blanc de mon Grand-Père fondait de noblesse, éternel et serein, mué en gisant de pierre sur sa couche végétale.

Ce matin-là, j’arrachais la dernière scène du Domaine de mes pierres vives, des volets de bois bleus et de mes rives ancestrales, que je cloîtrais le cœur lourd dans ma mémoire burinée.  

Ariana Barras

 

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